À la rencontre de Frank Lugon-Moulin de Pures Emossions et du restaurant du barrage d'Émosson
07 / 07 / 2026
Entre restaurant, tyrolienne et barrage, une vie perchée à Émosson
Originaire de Finhaut, Frank Lugon-Moulin partage sa vie entre Émosson et d’autres horizons. Six mois par année, durant l’été, il vit et travaille dans la région, au cœur d’un site qu’il connaît depuis l’enfance. L’hiver, il n’est généralement pas en Suisse, si ce n’est de temps à autre pour skier. Le reste du temps, il est ailleurs, au gré de ses envies et de ses projets.
À Émosson, son histoire est d’abord liée au restaurant familial. « J’ai commencé au restaurant il y a 37 ans à plein temps, mais je venais déjà travailler ici quand j’étais gamin, vers 12 ans », raconte-t-il. Le lieu a été développé par sa tante et son mari, à une époque où il n’y avait encore qu’une petite cabane. Peu à peu, ils en ont fait une adresse reconnue, participant au développement touristique du site.
Frank, lui, a “pris le wagon en route”, comme il le dit avec simplicité. Jusqu’à ce qu’il décide, il y a quelques années, de diversifier l’activité et de donner vie à une idée qui lui trottait depuis longtemps dans la tête : installer une tyrolienne à Émosson.
Pures Emossions, une aventure née d’une idée simple
La tyrolienne de Pures Emossions est née il y a quatre ans, avec son ami Gilbert Simon. L’idée existait depuis longtemps dans l’esprit de Frank, mais elle lui semblait complexe à concrétiser. Gilbert, plus direct, lui aurait résumé le projet en quelques mots : « Tu tends un câble, tu pends des gens et tu les lances. »
Derrière cette formule amusée, il y a bien sûr un vrai travail technique, administratif et sécuritaire. Ensemble, ils lancent l’aventure Pures Emossions. Pour des raisons personnelles, Gilbert a ensuite quitté la société, mais il reste proche du projet. Il continue notamment à réviser les poulies en hiver et garde un intérêt fort pour l’activité, ainsi que pour d’éventuels développements futurs.
Aujourd’hui, une nouvelle génération s’implique peu à peu dans l’entreprise. Mees, le fils de Frank, prend progressivement le relais. La plupart du temps, c’est lui que l’on retrouve aux manettes de la tyrolienne, pour accueillir les visiteurs, les équiper et les accompagner dans cette expérience suspendue au-dessus du paysage d’Émosson.
Des projets, Frank en a encore quelques-uns en tête. Il en parle prudemment, avec ce mélange d’enthousiasme et de réalisme. « Il y en a deux ou trois, mais c’est compliqué. Il y a des demandes à faire, ça prend du temps. » Selon lui, le financement n’est pas forcément l’obstacle principal. Le plus difficile reste tout ce qui vient avant : les autorisations, les démarches, la préparation.
Un mur de grimpe hors du commun sur le barrage
Pures Emossions, ce n’est pas seulement la tyrolienne. C’est aussi le mur de grimpe installé sur le barrage d’Émosson. Le projet, plus ancien, avait été imaginé il y a une trentaine d’années par plusieurs guides locaux, dont Paul et Thierry Amaudruz, Samuel Lugon-Moulin et Marc Volorio.
Le mur avait ensuite été fermé, notamment pour des questions de sécurité et de normes. Lorsque Frank a repris Pures Emossions, il a souhaité remettre cette activité au goût du jour. Le mur a été rééquipé, avec de nouveaux relais ajoutés pour répondre aux pratiques actuelles de l’escalade.
Car grimper sur un barrage n’a rien d’une expérience ordinaire. Techniquement, Frank estime que les voies ne seraient pas extrêmement difficiles si elles se trouvaient sur un mur classique. Mais le contexte change tout : la hauteur, le vide, la texture lisse, l’altitude et l’impression de se trouver entre nature et ouvrage artificiel transforment complètement les sensations.
« C’est très particulier de grimper là-dedans », explique-t-il. Certains grimpeurs expérimentés, habitués aux blocs exigeants, ont déjà été surpris par l’intensité du lieu. Le mur impressionne autant qu’il attire. Pour Frank, c’est précisément ce qui en fait la force : une expérience rare, spectaculaire, et profondément liée au caractère unique du barrage d’Émosson.
Un regard libre sur Émosson
Ce qui frappe chez Frank, c’est son lien très personnel au lieu. Il connaît Émosson comme un espace de travail, bien sûr, mais aussi comme un refuge. Quand on lui demande son coup de cœur dans la région, il n’hésite pas longtemps.
Son plaisir, c’est de monter tôt le matin jusqu’au Vieux-Émosson, de s’asseoir sur la terrasse du restaurant avant l’arrivée des visiteurs, et de simplement regarder le paysage. « Je vais tôt, quand il n’y a personne. Même les propriétaires ne sont pas encore là. Dès que je vois arriver des gens, je repars », sourit-il.
Il se décrit volontiers comme un peu sauvage. Mais cette discrétion dit surtout son attachement profond à la montagne, au silence et aux paysages d’altitude. Son autre plaisir est d’aller se baigner dans le lac, de rester dans ce périmètre qu’il affectionne, sans forcément redescendre trop souvent vers “la grande ville de Finhaut” ou, comme il le dit avec humour, “la mégapole de Martigny”.
À travers Pures Emossions, Frank Lugon-Moulin propose bien plus qu’une activité à sensations. Il partage un lieu, une histoire familiale, un regard sur Émosson et une manière très personnelle d’habiter la montagne : avec liberté, humour et passion. Une aventure qui se poursuit aujourd’hui aussi avec son fils Mees, progressivement appelé à prendre sa place dans cette entreprise perchée entre ciel, lac et barrage.
Pures Emossion - Barrage d'Émosson, 1925 Finhaut
Ouvert de mai à octobre en fonction des conditions météorologiques
Retrouvez toutes les informations relatives à Pures Emossions sur leur site internet : https://www.pures-emossions.ch/